Je pensais que venir ici, dans cette région reculée, m’apporterait la paix. Que la distance avec Paris, avec ma vie d’avant, avec tout ce que j’ai construit pendant trente ans, suffirait à étouffer ce manque. Mais non. Papaichton est magnifique, sauvage, exactement ce que je cherchais pour recommencer. Sauf que le silence de la forêt amplifie tout ce qui hurle en moi.
Mon mari est resté là-bas. Nous ne sommes pas séparés officiellement. Juste… éloignés. Il a sa vie, ses habitudes, son cabinet d’avocat. Moi j’ai fui. Littéralement. J’enseigne maintenant dans une petite école, je vis simplement, je respire mieux. Mais mon corps, lui, n’a pas oublié qu’il existe. Qu’il a des besoins. Qu’il n’a pas été touché avec désir depuis tellement longtemps que j’ai arrêté de compter.
Je ne sais même pas ce que je cherche vraiment en écrivant ici, dans ce club de rencontres discrètes. Un homme qui comprenne qu’on peut avoir cinquante ans et encore vibrer. Quelqu’un qui ne juge pas. Qui accepte la complexité d’une femme qui n’est ni divorcée ni vraiment mariée. Qui sait écouter autant que toucher. Je ne veux pas d’histoires compliquées. Juste retrouver cette sensation d’être vivante. D’exister autrement que dans mes cours de français et mes promenades solitaires en pirogue.
Voilà. C’est dit. Maladroitement sans doute. Mais c’est honnête.