La salle d’examen numéro trois, celle du fond avec la fenêtre qui donne sur la montagne. J’y ai reçu un patient la semaine dernière pour un certificat médical banal. Chemise blanche, jean, regard direct. On a parlé cinq minutes de choses qui n’avaient rien à voir avec la médecine. Il est parti. J’ai pensé à lui toute la journée.
Voilà où j’en suis. Vingt-huit ans, diplômée, respectée, professionnelle irréprochable. Et pendant que j’ausculte, que j’écoute, que je rassure, une partie de moi imagine des mains qui ne tremblent pas, une bouche qui sait prendre son temps. Je connais l’anatomie par cœur, mais je ne connais plus rien à ce que ça fait d’être touchée comme si on me découvrait pour la première fois.
Je vis entre Ghisonaccia et Prunelli-di-Fiumorbo depuis deux ans. Pas grand monde qui comprend ce genre de solitude ici. Alors j’ai cherché, trouvé ce club rencontre adulte gratuit, et je me suis dit pourquoi pas. Si t’es du coin, si t’as envie de parler d’abord et de voir ensuite où ça nous mène, écris-moi. J’ai besoin de quelqu’un qui ne jouera pas un rôle. Juste quelqu’un de présent, de tactile, de vivant.
Discrétion absolue évidemment. Je ne peux pas me permettre de croiser mes patients au supermarché avec des regards gênés.